J'ai été arrêtée à Gênes, Piazza Dante, cortège Attac, aprés avoir pénétré
seule la zone rouge. J'ai été emprisonnée à Alessandria avec 9 autres filles.
Voici 6 témoignages de détenues d'alessandria toutes arrêtées le 20 pendant
la manif...
Valérie VIE 35 ans
J'ai été arrêtée Piazza DANTE, vendredi 20 juillet à 14 heures, par un corps d'hommes armés, casqués, protégés de boucliers. Ils m'ont traînée à l'écart de la manifestation, des regards et des médias qui étaient présents Piazza DANTE. Là ils m'ont remise aux mains d'une dizaine d'hommes en civil qui m'ont ordonné de monter dans une voiture banalisée. Devant leur nombre, leur violence verbale et gestuelle et l'agressivité évidente qui émanait d'eux, je me suis couchée au sol et j'ai demandé une personne parlant français, un avocat, et des papiers justifiant qu'ils étaient bien de la police. Les premiers coups sont tombés, ils m'ont plaqué la tête au sol et menotté les mains dans le dos en me donnant des coups de bottes. Ils m'ont maintenue dans cette position durant une trentaine de minutes. Je les entendais crier « niente fotos !, niente fotos ! ». Ils m'ont fouillé et vidé mes poches par terre. Soudain ils m'ont attrapé et demandé d'entrer dans la voiture. J'ai revendiqué : qu'on m'ôte les menottes, que l'on m'explique, que l'on me montre des papiers justifiants que je devais leur obéir. Ils m'ont saisie violemment à 5 et forçaient à entrer dans la voiture. J'ai résisté, crié, appelé à l'aide en m'aggripant à un panneau de signalisation. Un homme est arrivé. Une discussion entre eux, en italien, a débuté. Cela a duré. Soudain, la voiture banalisée a démarré, une voiture de police avec cellule blindée à l'arrière a pris sa place. Une policière en est sortie, les 5 hommes m'ont re-attrapée a bras le corps, et la femme m'a frappée au visage de toutes ses forces. Sonnée, j'ai malgré tout tenté de me débattre et d'appeler à l'aide, en vain. J'ai été emmenée dans un commissariat où une quarantaine d'hommes armés en uniforme, avec gilet pare-balle, matraque et gant nous attendait. J'ai subi un premier interrogatoire où j'ai dit que je ne parlais pas italien et que je demandais un avocat. Le commissaire m'a tendu un dossier et m'a demandé de signer. J'ai répété que je ne comprenais pas l'Italien et que je demandais un avocat. J'ai été jeté en cellule. Ils m'ont obligée à me tenir debout, jambes écartées, la tête et les paumes de mains contre le mur. A ma droite, j'entendais une toute jeune fille qui pleurait et semblait terrorisée. J'ai chuchoté « tu parles français ? », elle n'a pas eu le temps de me répondre, le policier a ouvert la grille en hurlant et m'a secouée dans tous les sens en hurlant en italien. J'ai compris, bien-sûr qu'il ne voulait pas que je parle. Chaque policier différent avait sa position de prisonnier préférée et l'exigeait en hurlant. Assis, debout, contre le mur, de profil etc... Durant les 12 heures qui ont suivi, on est venu régulièrement me chercher pour me questionner et me demander de signer des textes en italien. J'ai toujours refusé de signer et sur chacun des papiers, ils ont inscrit « si rifiuta ». J'ai été menacée, traitée d'intégriste, de communiste, de rouge. Lors d'un des interrogatoires musclés, un policier m'a montré les photos de mes enfants sur mon passeport et dans son français a dit» c'est dommage, la mamma en prison si no firma (tr : si elle ne signe pas ) tu ne veux plus voir tes enfants ? ». J'ai dit que je préférais la prison, que de signer ce que je ne comprenais pas uniquement parce qu'il l'exigeait. Il m'a fait comprendre que je n'étais pas prête de sortir de prison, parce qu' « en Italie les intégristes, on les traitait comme ça. ».J'ai répété que je ne signerais que si on me traduisait le texte, il m'a attrapée par les cheveux, frappée à l'épaule et rejetée en cellule. Durant toutes ces heures passées au commissariat, j'ai observé chacun d'entre eux. Tous ont frappé de leurs poings gantés, de leurs pieds, avec leur matraque, avec des casques sur les prisonniers. S'ils ne frappaient pas, ils hurlaient dans l'oreille, ils insultaient, menaçaient de mort, terrorisaient. Jamais un détenu n'a été déplacé autrement qu'en étant jeté, jamais il n'a été frappé par un seul policier ; ils se mettaient toujours à plusieurs et chacun d'entre nous a dû traverser plusieurs fois, un long couloir où s'alignaient les policiers pour nous tabasser. Dans ce commissariat, peut-être dans d'autres également, durant la journée du vendredi 20 juillet 2001 et la nuit qui a suivi, les manifestants arrêtés ont subi des tortures physiques et psychologiques sans interruption, sans avoir été entendu, sans avoir rencontré qui que ce soit capable de leur expliquer quoi que ce soit, sans savoir pour la plupart pourquoi ils étaient là.
Valérie VIE - prison de Alessandria- 21.07.01.
Arianna SUBRI (Florence)
Je suis arrivée le 20 juillet à 15 H, à Genova pour faire des photos. J'étais dans le seul bar ouvert quand la police a tiré des lacrymogènes à l'intérieur et bloqué la sortie. Ils m'ont pris par les cheveux, ont détruit mon appareil photo et ils m'ont tapé, m'ont insulté, jusqu'au poste de Police. Au commissariat, ils nous menaçaient continuellement. J'étais malade, et ils m'ont obligé à vomir à côté de moi et à nettoyer après. Personne ne m'a dit les raisons de mon arrestation pendant 7 heures. Je n'ai pas pu lire le verbal, mais ils m'ont obligé à le signer. Ce que j'ai fait. J'étais terrorisée. vArianna Subri - prison de Alessandria - le 21.07.01
Chiara GERMANO 18 ans
Je me trouvais dans la rue à côté. Les carabiniers sont arrivé par des escaliers, derrière moi. D'autres étaient devant. J'ai essayé d'échapper aux forces de l'ordre. Mais l'encerclement était total. Ils m'ont attrapée et mise à terre. Ils étaient une trentaine. Ils m'ont emmenée au commissariat. Ils m'ont tous tapé dessus. Ils m'ont pris mes affaires. Ils ont brisé mon cellulaire. Ils ont arraché mes colliers. Ils ont arraché mes piercings. Ils m'ont insulté, « ne touche pas le mur, tu vas le pourrir» « tu es une putain ». Dans ma première cellule, les policiers passaient sous la fenêtre en faisant des cris d'animaux pour me terroriser. J'ai vomi plusieurs fois. Et j'ai dû essuyer sous les coups. J'ai demandé à voir un avocat. Ils m'ont répondu « on s'en occupe ». Mais je n'en ai jamais vu un. Quand je suis arrivée à la prison après 10 heures d'interrogatoire, je ne tenais plus debout de douleur.
Chiara Germano - prison de Alessandria - 21.07.01.
Diana FRANCESCHIN 18 ANS
Je marchais Via Antiochia. Je portais un tee-shirt avec écris « contre le G8 » sur le dos et une étoile rouge sur le devant. Des policiers m'ont barré le passage. J'ai demandé si je pouvais passer « SVP » car je prenais des photos. Là, j'ai vu qu'ils étaient en train de tabasser un jeune au sol. J'ai tenté de prendre une photo. Tout s'est enchaîné très vite. Les policiers m'ont arraché mon appareil, en hurlant des phrases toutes en même temps que je ne comprenais pas. Ils m'ont pris toutes mes affaires. J'ai attendu 3 heures dans la rue, l'arrivée d'un car. Au commissariat, j'ai vu des jeunes roués de coups, des amis en sang frappés à coups de pieds et de matraques. J'ai attendu dans une première cellule. A 6 heures, j'ai été emmené avec Taline dans plusieurs différentes cellules. Aucune information, aucune explication. A chaque déplacement, j'ai dû me mettre nue et subir le même interrogatoire. Dés mon arrivée, j'ai demandé un avocat. Rien. Depuis je suis en prison et j'attends. Je ne sais pas ce que l'on me reproche.
Diana Franceschin - prison de Alessandria - 21.07.01.
Ester PERCIVATI
Je participais à la manifestation de façon pacifique. Trop fatiguée, j'ai décidé de rentrer au camping avec beaucoup d'autres gens que je ne connaissais pas. Nous marchions avec mon copain, et une trentaine d'autres personnes quand des cars de police ont débouché. Plusieurs véhicules. La plus grande partie des gens ont réussi à s'échapper en courant. Nous avons été 6 à être coincé par une vingtaine de policiers. Ils nous ont mis contre le mur, et tapé plusieurs fois avec leur matraque et leurs bottes. J'étais la seule Italienne et ils m'ont empêché de traduire : chaque fois que je parlais, c'était un coup. Ils nous ont vidé les poches et les sacs : je ne sais pas ce que mes affaires sont devenues. Ils n'ont pas voulu me laisser mes serviettes hygiéniques. On a été frappés à terre, menottes aux mains, avec leurs pieds. Au poste de Police, ils nous ont frappé en rigolant, menacé de mort, insulté ( » pute », « salope », « porc »). Ils nous ont fait passé dans un couloir, entre 30 à 40 policiers, et chacun nous a tiré des gifles, des poings, des coups de pieds à l'aller et au retour. Je suis tombée par terre et ils m'ont pris à coup de pied dans l'estomac. Ils nous ont fait dire « Viva il duce e il fascismo », on nous a dit « ordre e discipline , ici, on est des fascistes, les porcs comme vous on les torture et on les tue ». Si on voulait aller pisser, il fallait repasser entre les flics dans le couloir et se refaire tabasser par chacun. Mais au bout de dizaine d'heures, certains préféraient se pisser dessus que d'appeler. On a été tapé, sans manger, ni dormir pendant plus de 24 heures. C'était un cauchemar. D'être finalement mise en prison à été une libération. J'y suis arrivée sous choc, j'ai dû prendre des tranquillisants. J'ai jamais vu autant de sadisme. On a été leur défouloir. J'espère sortir bientôt.
Ester Percivati - prison de Alessandria - 21.07.01.
Taline ENDER 19 ans
Sentiments de Haine, de dégoût après tant d'injustices, immondes, humiliations... J'ai été arrêtée, parmi quelques autres, pour avoir été au mauvais endroit, au mauvais moment, sur une avenue de Gênes. J'ai vu soudain arriver une quinzaine de fourgons bleus et gris qui faisaient, me semblait-il un raid dans toute la ville. Le premier fourgon fût pour nous. Nous n'avons eu le temps de rien faire. Ils étaient très nombreux et très violents, j'ai collaboré de suite et c'est l'attitude que j'ai adoptée pour toute la suite de la procédure. Je ne parle pas la langue et j'ai entendu parler de la police italienne et de leurs méthodes. On s'est fait emmener dans leur quartier général où tout est violent inutilement. Du sang a coulé partout. On reste à terre un long moment. Ensuite la tête contre le mur. Plusieurs heures sans qu'on nous dise rien. On nous emmène ensuite dans un plus grand poste à l'Est de la ville où sont réunis des centaines de policiers. Tous rient et on l'air contents de voir arriver les premiers arrêtés. J'ai très peur, mais je garde mon calme. On est mis dans une cellule de garde-à-vue,( la porte est à barreaux, la fenêtre est grillagée sans vitre), le visage à nouveau contre le mur blanc, à la vue de tous les policiers. Il y avait plusieurs brigades, plusieurs uniformes, des hommes et des femmes. Là je suis très contente de ne pas connaître la langue. Le peu qu'on me traduit sont des propos très machistes et des insultes. Chaque fois que je lève les yeux vers la fenêtre, je vois une autre tête qui nous regarde, ils nous crachent dessus, ils imitent les bruits du zoo. On ne nous informe de rien. Il fait nuit. J'ai besoin d'aller aux toilettes depuis longtemps, ça fait qq heures qu'on est là. Je m'aventure à leur demander l'autorisation. Réponse : NON. Je réessaye 1 ou 2 heures plus tard, mais c'est toujours la même femme devant la porte qui refuse de m'y amener, elle me dit de me pisser dessus. Plus tard je vois qu'elle n'est plus devant la porte, je demande à quelqu'un d'autre et ça a l'air de marcher. Le policier appelle un collègue et je retombe sur cette même « armoire à glace » qui me dit « quoi encore » comme si elle m'y avait déjà amené plus tôt. Avec son collègue, ils mettent des gros gants et je suis terrifiée mais je peux plus rien dire. Je traverse le corridor. Alignés contre le mur : plein de flics. Elle me tient fortement par l'épaule, me soulève presque. En même temps son collègue me fait des croche-pattes, des coups de pieds défilent dans mes jambes, mes tibias de tous ceux qui sont alignés et qui me regardent passer. On me jette dans les toilettes, porte ouverte, pas de papier. Après avoir pissé, je sors de la cabine, mais elle me rejette dedans, cette fois elle entre avec moi, me tape la tête contre le mur en m'expliquant que « in italia, bla, bla... ça se passe comme ça » je suis assommée, elle me projette dehors vers un lavabo, cette fois c'est le tour de son collègue, coups de pieds dans le cul. « lave toi les mains... encore ! encore ! » J'en peux plus. Dans la nuit, ils reviennent plusieurs fois nous demander qui veut aller aux toilettes. Tout le monde bien sûr. « Ah !ah ! demandez à votre collègue si c'est vraiment une bonne idée ? » ils rétorquent. Je ne peux que leur déconseiller l'expérience toilettes. Plus tard on m'appelle Un commissaire, je crois qui me jette dans un bureau. Là je me retrouve avec 5 hommes., Je comprends toujours rien, sauf leur première question « bambino ? » en désignant mon ventre. ( Suis-je enceinte ? ) « Non » je leur réponds, et là, les coups commencent, on m'enlève mes lunettes, ils tentent de me faire signer des papiers sans même me laisser les voir, ni m'expliquer de quoi il s'agit. "firma,firma" Je refuse, ils me tapent, je me retrouve par terre, coups de bottes dans le dos, ils m'attrapent par les cheveux, me les coupent aux ciseaux, je ne tiens plus «, « je signe », je leur dis. Je suis lâche, mais j'ai la tête qui sonne et à chaque coup, je me retrouve par terre. Ils me font signe de signer mais tout en m'en empêchant. Voilà l'occasion pour à nouveau me taper dessus. Je signe trois fois. Je leur dis que j'ai droit à un avocat. Ils frappent. « Quoi, un avocat ! ». « Oui, je dis, et vous le savez très bien » Ils re-frappent « quoi, un avocat, non pas d'avocat » Ils me mettent à terre et veulent encore mme couper des cheveux, je crie, je me débats. Une femme entre dans le bureau. Ils me lâchent. Toujours des coups de pieds, de coudes dans le couloir jusqu'à la cellule. Ces cinq hommes n'étaient pas des policiers armés et musclés mais des commissaires en civil, plus haut placés je pense. Qu'est ce qu'ils m'ont fait signer ? Je ne sais pas. Leurs coups ne laissent pas de traces ou très légères. Par terre, dans leur bureau, il y avait du sang. Dans le couloir, j'ai croisé le regard d'autres jeunes, beaucoup avaient le visage en sang. Mon opinion, c'est que beaucoup de ces policiers étaient drogués peut-être de la cocaïne, je ne sais pas, en tout pas dans un état humain normal. D'autres que moi ont subi le même sort, et n'ont pas signé, je leur dis bravo. Plus tard, les équipes ont tourné. On me rappelle, je frissonne, c'est un autre flic gradé. Je crois qu'ils ont compris qu'il y a eu de l'abus, en tout cas, lui, il est tout doux, il ne me touche même pas, empreintes, photos, j'ai trop peur qu'on me tape dessus, mais cette fois-ci : rien. La nuit passe, toujours le regard droit sur le mur. On comprend qu'on va être transféré dans une prison, on va pouvoir enfin dormir. On nous sort de la cellule. On nous met en ligne. Ils nous font attendre. On n'est pas dans la bonne position. Ils ne sont pas d'accord entre eux. Certains nous veulent contre le mur, d'autres de profil... Des heures passent. On nous remet dans une autre cellule, c'est de moins en moins confortable. A nouveau, on nous appelle, mise à nu, fouille, photos, empreintes... Au bout de 2 ou 3 heures, on nous emmène dans un fourgon cellulaire, menottes aux poignets pour plusieurs heures de route, mais on ne sait pas où.
Taline Ender - prison de Alessandria- le 21.07.01.
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